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Présidentielles 2017: Au-delà de la colère – la vérité sur les riches, la globalisation, et l’immigration

06 May 2017 by Jim

For obvious reasons, this post is written in French. For an English translation of this article, click here.

Photo by fractal00 (Flickr)

Dans la lignée des plébiscites ayant conduit au Brexit et à l’élection de Trump, l’élection présidentielle en France fait des vagues. À l’approche du second tour avec des candidats tous les deux critiqués, l’un pour son approche jugée trop libérale et son appartenance au fameux “système”, l’autre pour sa vision supposément irréaliste et idéologique d’un retour à un passé glorieux désormais inaccessible. Lequel des deux deviendra président(e) n’est pas le sujet de cet article, puisque ce n’est qu’une question de détail, et la spéculation ne sert à rien. La question de fond est celle-ci : quelles tendances sous-jacentes caractérisent le débat politique actuel ? Comment les historiens futurs comprendront-ils la psyché des pays occidentaux en général, et de la France en particulier, en l’an 2017 ? 

D’abord le constat. La France va mal. C’est le seul fait sur lequel tous sont d’accord. Et bien, pas moi. Le pays aurait deux problèmes, économique et sécuritaire, disent tous. Mais l’économique ne devrait pas être l’unique mesure des choses ! Tout le monde est d’accord avec cette affirmation, puis se retourne et se concentre surtout sur sa propre situation d’emploi, sa pension, et ses allocations sociales.

Le leurre de la guerre contre les riches, la globalisation et les dangereux “autres”

Donc, admettons-le enfin, l’économie compte pour l’individu. En effet, le mépris pour les considérations économiques ne semble s’appliquer qu’aux considérations économiques des autres. Si le petit pensionnaire se soucie pour sa pension et prône des baisses d’impôts sur son revenu, c’est légitime, et il faut l’aider. Si le PDG d’une multinationale prône des baisses d’impôts pour améliorer son bilan et son bénéfice, c’est un crime, un scandale. Pourquoi ? À un certain moment les Français – et leurs voisins luxembourgeois desquels je fais partie les imitent souvent – semblent avoir décidé que les riches, les aristocrates, les grandes fortunes, les PDG, les cadres, normaliens et autres privilégiés sont une classe à part, hermétique, à tout jamais séparée du reste du peuple.

Si les start-ups foisonnent aux États-Unis parce que tout le monde rêve d’être riche (un système qui a ses propres problèmes, bien sûr), les Français trouvent plus facile de ne pas entamer ce combat personnel pour acquérir des richesses. Au lieu de ce faire, ils considèrent plutôt la minorité d’ambitieux dans leur milieu comme des aberrations. Et chacun, en regardant son propre porte-monnaie, se sent comme le perdant, celui qui n’a pas assez, et il n’est que trop prêt à dénoncer l’aisance de son voisin. La France rêve du socialisme, de la protection contre le capitalisme et la globalisation, et ne se rend pas compte qu’elle ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

Le taux de chômage bas de l’Allemagne et du Royaume-Uni voire des États-Unis est le résultat d’un choix politique que la France n’a pas voulu faire. En matière d’emplois, ou bien on se donne beaucoup d’emplois, dont certains précaires, ou bien on se donne des emplois bien payés et protégés, sans précarité donc, mais leur nombre sera limité. Ce dernier choix est celui qui a été fait par la France et l’Italie. Il n’y a pas de troisième voie qui puisse relier l’emploi pour tous et des emplois confortables. Il faut choisir. Prétendre autrement ne fait que prolonger la passivité et l’inaction.

Tout système a ses problèmes, mais notons qu’à l’échelle historique, ce qui est en train d’éradiquer la pauvreté, en Chine, en Inde, en Afrique, ce n’est pas la politique altruiste des éclairés à la tête des états, c’est le capitalisme, autrement dit la tendance de l’individu d’essayer de s’enrichir. Au lieu de mépriser cette tendance et de vouloir la combattre, félicitons-nous plutôt d’avoir réussi à le mettre en place ! Cela ne veut pas dire qu’il faut lui laisser libre cours partout, un marché régulé vaut mieux qu’un capitalisme sauvage d’un point de vue européen, mais ne le diabolisons surtout pas. Et faisons le sacrilège de dire le suivant : “Tout le monde veut s’enrichir. Ce n’est pas si mal.” À la lumière de ce constat, la guerre contre les riches, l’appel à la fin du capitalisme, au combat contre la globalisation, n’a pas lieu d’être. Pour ce qui est de la globalisation en particulier, la posture politique qui consiste à vouloir la combattre équivaut à dire : “Je préfère qu’on arrête d’importer un bien fabriqué à l’étranger pour qu’un Français sorte du chômage.” Autrement dit : “Je préfère qu’un Français ait un emploi plutôt qu’un étranger (Chinois / Indien / Africain / Allemand / Américain / …).” Laissant de côté toutes les questions d’efficience liées à la globalisation et aux échanges commerciaux, cette dernière phrase montre le deuxième grand problème avec cette approche : c’est de la xénophobie et du racisme pur et simple, subtil bien sûr, mais indéniable. Pour ceux qui clament qu’il faut agir pour le bien de l’humanité, de la grande famille de l’Homme, comment peut-on préférer une nation à une autre ? Pourquoi un Français, un Allemand, un Luxembourgeois, un Américain, un Japonais, serait-il mieux ou aurait-il plus de valeur qu’un Africain, un Italien, ou un Turc ? Il n’y a pas de réponse positive à cette question.

Et la préférence à donner aux Français en France, proposée par Marine Le Pen, est un symptôme de cette même tendance à croire les autres inférieurs ou moins importants que nous-mêmes. C’est le racisme de tous qui se montre, y compris moi-même, car le racisme n’est pas une invention de quelques uns, c’est une tendance tout à fait humaine. Les gens forment des groupes pour se sentir en sécurité, parce qu’ils sont des animaux sociaux, et une fois retirés de leur groupe, en tant que grand-mère française de 80 ans au milieu d’un bus plein de gens aux traits arabes ou africains, il est normal que la mamie française – si elle n’y est pas habituée bien sûr – se sente un peu inconfortable, en-dehors de sa zone de confort. Cet inconfort, tout le monde le sent quand il est confronté à ceux qu’il pense être différents. C’est biologique et psychologique et culturel, renforcé par des stéréotypes, et inéluctable. Mais cette tendance innée de tous vers cet inconfort peut donner lieu à des réactions diverses. On peut en prendre note, et se dire que cela est assez idiot, en fin de compte, et que cette tendance ne doit pas guider nos actes, ne doit pas nous empêcher d’aller où nous voulons, de parler à qui nous voulons, et de faire ce qui nous semble bon. Ou alors, on peut se dire que cette tendance est porteuse de vérité, qu’elle nous alerte à la présence d’un vrai danger, que nous sommes assaillis de tous les côtés, et qu’il faut se protéger contre ce danger, enlever cet individu qui nous rend inconfortable. Je pense que ce deuxième choix n’est pas le bon. La vie est parfois inconfortable. N’importe ce qu’on fera, ceci ne va jamais changer. On ne peut pas toujours vivre dans une bulle de confort.

La dépression française et occidentale

Si toutes les tendances précitées sont liées entre elles, il s’agit toujours d’un rejet de quelque facteur menaçant extérieur. Rejet des riches, qui ne sont pas comme nous, rejet de la globalisation, qui n’est pas notre système, rejet des étrangers, qui ne sont pas comme nous. Et bien, ce sont les mauvaises prémisses.

  • Les riches, et bien ils sont exactement comme nous, à la recherche d’un moyen de baisser leurs impôt, soucieux de s’enrichir, comme nous. Ils sont parvenus tout simplement un peu plus loin, par chance ou par aptitude, ou par leur travail, qui sait, mais ce n’est pas une raison de les diaboliser.
  • Et la globalisation, elle ne sert pas que les multinationales, mais aussi nous-mêmes. Une grande partie de la richesse que l’Occident a aujourd’hui, et que l’Asie est en train de créer à son tour, vient de ces échanges. Et si je peux aujourd’hui acheter un téléphone 20 fois meilleur et plus fonctionnel que ce qu’il y avait il y a 10 ans, et pour 200 euros seulement, c’est parce que l’entreprise Samsung en Corée, ou Apple aux États-Unis, peut exporter ses produits, et je n’en vais pas plus mal! Ma liseuse c’est un Kindle américain, je prends pour petit-déjeuner des framboises du Maroc, et un café du Brésil. Qu’elle est délicieuse, la globalisation! Et si le Brésil sait mieux faire du café que le Luxembourg, ce n’est pas une raison pour moi de fermer les frontières pour qu’on produise du café médiocre dans des serres luxembourgeoises.
  • Puis les étrangers, et bien ils sont comme moi, exactement comme moi. Si j’étais né en Syrie, j’essayerais aussi de parvenir jusqu’en Europe, comme mes ancêtres luxembourgeois ont fui l’approche des nazis au Luxembourg. On est tous réfugiés, immigrants, et étrangers le moment d’un voyage au Japon, au Brésil… Mais on appartient tous à la même famille.

Les Français depuis longtemps – et tout l’Occident aussi, depuis peu – ont un vrai talent pour s’enfoncer dans une dépression pessimiste et une autoflagellation nationale  complètement inefficace. Le système français est pourri, disent beaucoup. Et bien, ce système est enviée par beaucoup. Il n’a pas à se cacher. On peut toujours tout améliorer, mais il n’y a pas de réponses faciles.

Concernant l’économie, il faut dire que l’Occident ne dominera pas pour toujours l’économie mondiale, et ce déclin relatif, quoique nouveau, n’a rien de menaçant. Comme la vie, l’histoire ne peut pas toujours aller dans la même direction, vers une plus grande hégémonie occidentale. Les temps changent, ce n’est pas une raison de piquer une crise. Plutôt, il faut faire des efforts et essayer de contribuer à construire ce nouveau futur, sans peur ni regrets.

Et concernant le problème de la sécurité, disons tout simplement que ce n’est pas bien, d’accord, il faut lutter, d’accord, mais ce n’est pas ce qu’il faut appeler un grand problème. La violence existe depuis toujours, elle ne sera pas éradiquée à tout jamais. Elle revient un tout petit peu en Europe, alors qu’elle était confinée aux régions lointaines auparavant, ce qui n’était pas meilleur. Et de toute façon, cette mini-violence que vit l’Europe actuellement, il faut la relativiser. En Europe, les trois pires années depuis 2000 en termes de morts causés par le terrorisme, c’étaient 2004 (Madrid), 2015 (Paris), et 2016 (Bruxelles, Nice, Munich, Berlin). Aucune de ces années ne dépasse les 200 morts. Par comparaison, en 2016, 25500 personnes ont perdu la vie sur la route. Si on voulais réduire le nombre de morts inutiles, ne faudrait-il pas s’attaquer aux grands problèmes, plutôt qu’à ce qui fait la une des journaux? Réfléchissons, au lieu d’avoir peur des terroristes, ayons peur de nos voitures! Cela sonne idiot, mais compte tenu du fait que mes chances de mourir en voiture sont 130 fois plus importantes que celles de mourir dans un attentat, il est évident où devraient être les priorités. Et ce n’est qu’un exemple. Fumer tue environ 700000 personnes par an dans l’UE. Le terrorisme, franchement, c’est bien insignifiant.

 

Soyons donc un peu plus optimistes, sûrs de nous, et gardons notre sang-froid, au lieu de nous perdre dans les émotions et les idéologies. La vie est belle, il faut juste s’en rendre compte, et l’apocalypse, ce n’est pas pour demain. Et même si c’était pour demain, pleurer aujourd’hui ne servirait à rien!

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